L’Italie n’est pas malade!

Di Louis de Lamothe • 18 Apr 2008 • Categoria: SocietĂ  • 3 Commenti

Je travaille en Italie depuis trois mois et je ne laisse pas de m’Ă©tonner d’une chose : le peu de considĂ©ration qu’ont les Italiens de leur propre pays. Ce soi disant rĂ©alisme me semble excessif. Combien de fois ai-je entendu : L’Italia fa schifo, l’Italia è spacciata, in Italia non c’è niente che vada bene. Nous sommes les pires, les derniers d’Europe. D’ailleurs la nation italienne n’existe pas. Et rien ne fonctionne en Italie. Et ainsi de suite.

Paradoxalement, ce sont souvent mes interlocuteurs qui font l’Ă©loge de mon pays et c’est moi Français qui me retrouve Ă  devoir dĂ©fendre l’Italie . Et quand enfin je dĂ©montre l’excellence de l’Italie dans un domaine, je n’obtiens pour toute rĂ©ponse que : Eh ! meno male, almeno per una cosa non siamo i peggiori d’Europa.

J’aimerais ici rappeler quelques Ă©vidences. Je trouve ce comportement si partagĂ© faux et dangereux. Je voudrais rappeler que l’Italie est la septième puissance Ă©conomique mondiale selon les deux classements du FMI et de la Banque mondiale (donnĂ©es 2006). Il y a plus de 180 pays dans le monde. Alors d’un point de vue strictement Ă©conomique, il me semble difficile de soutenir sans autre procès que l’Italie « fa schifo».

L’Italia trionfante - sala Maccari, Palazzo Madama

Si l’Italie recule dans ce classement, comme la France ou les autres pays qui lui sont comparables d’ailleurs, ce n’est que parce qu’elle a Ă©tĂ© dĂ©passĂ©e par des pays comme la Chine. Mais nous ne pouvons espĂ©rer qu’un pays comme la Chine, avec ses 1,3 milliards d’habitants puisse Ă©ternellement rester globalement moins riche que l’Italie et ses 60 millions d’habitants. C’est mĂŞme le contraire qu’il faut souhaiter. Que l’on se rassure, en terme de richesse par tĂŞte, ils restent Ă©videmment largement devant les chinois, au 21Rang mondial (les Chinois sont 108ièmes). Tous les habitants des cent soixante pays suivants ont donc des raisons objectives de l’envier et de regretter de ne pas ĂŞtre nĂ©s dans cette Italie dont les Italiens font si peu de cas.

On pourrait ensuite Ă©numĂ©rer bien des domaines dans lesquels l’Italie est un modèle admirĂ© et suivi. Je n’en citerais qu’un parce que je le connais un peu mieux et que par ailleurs les Italiens semble le mĂ©priser particulièrement : l’État et l’administration italienne. Souvent d’ailleurs les Italiens prennent la France en modèle dans ce domaine, avec son État fort, son unitĂ© nationale ancienne, ses majoritĂ©s politiques claires. Ils sont souvent surpris d’apprendre que lorsqu’il s’agit de la rĂ©forme de l’État, rĂ©forme rendu indispensable par les Ă©volutions technologiques, la mondialisation des marchĂ©s et les Ă©volutions dĂ©mographiques, entre autres raisons, la France depuis quinze ans ne fait que copier des rĂ©formes italiennes. Que l’Italie constitue pour nous un modèle et une source d’inspiration. Qu’il n’y a rien de nouveau ou d’audacieux qui n’ait Ă©tĂ© tentĂ© en matière de gestion publique que l’Italie n’ait pas Ă©tĂ© l’un des premiers pays Ă  imaginer ou Ă  mettre en Ĺ“uvre.

Pour commencer par le plus spectaculaire, la rĂ©forme du budget que tous les pays occidentaux ont mis en Ĺ“uvre rĂ©cemment a Ă©tĂ© inventĂ©e en Italie en 1997. La loi organique française rĂ©formant les lois de finances date de 2001. Le succès de cette rĂ©forme en France est en particulier dĂ» aux leçons et Ă  l’exemple italiens, si bien que l’Italie a rĂ©cemment ajustĂ© sa rĂ©forme pour tenir compte des choix français. Ce qui est vrai pour ce point particulier de la rĂ©forme de l’État l’est pour le reste : la revue gĂ©nĂ©rale des politiques publiques, le remède magique promis par Sarkozy, a commencĂ© en Italie plusieurs annĂ©es avant la France; le contrĂ´le des dĂ©penses des collectivitĂ©s territoriales a Ă©tĂ© formalisĂ© en Italie sous la forme d’un pacte de stabilitĂ© interne quand la France en est encore aux balbutiements concernant ce type de contrĂ´le de la dĂ©pense publique; la rĂ©forme de la fonction publique a Ă©tĂ© conduite dans des termes extraordinairement ambitieux et modernes. Évidemment tout n’est pas parfait et entre l’Ă©criture d’une loi et sa pleine mise en application il y a toujours de nombreuses difficultĂ©s, un peu de temps, et souvent en Italie plusieurs majoritĂ©s (quand on trouve des majoritĂ©s). Reste que l’Italie est souvent un des pays les plus inventifs et que ses rĂ©formes, indĂ©finiment retardĂ©es, sont enfin radicales et osĂ©es. Ce laboratoire latin de la rĂ©forme de l’État contraste avec le cas français, pays qui se renouvelle continuellement, qui vit dans un perpĂ©tuel Ă©tat de siège, et finalement rĂ©alise des rĂ©formes naines, des rĂ©volutions avortĂ©es, des changements par petites touches insignifiantes qui se superposent a l’infini, souvent de façon Ă  multiplier les niches et les privilèges arbitraires. Cela n’est certainement pas parfait en Italie; je doute que ce soit mieux partout ailleurs.

Je voudrais terminer en Ă©voquant une rĂ©forme particulièrement importante et qui n’est probablement pas achevĂ©e : la legge sul procedimento amministrativo. Cette loi extraordinairement audacieuse crĂ©e un cadre gĂ©nĂ©ral de principes pour guider l’action de l’administration lorsqu’elle doit prendre un acte individuel faisant grief. Cet ensemble dĂ©taillĂ© de mesures et d’Ă©tapes est guidĂ© par une conception moderne de la dĂ©cision administrative : une dĂ©cision servant l’intĂ©rĂŞt public et portant les moindres atteintes aux intĂ©rĂŞts privĂ©s. Cette phrase si simple implique un ensemble de droits, de consultations, de prudences dont rĂŞveront encore longtemps les requĂ©rants français. En France il suffit qu’une dĂ©cision serve l’intĂ©rĂŞt public au-delĂ  des intĂ©rĂŞts particuliers pour ĂŞtre lĂ©gale et aucun juge n’annulera une dĂ©cision qui lèse inĂ©galement des intĂ©rĂŞts privĂ©s, par exemple lors d’une expropriation. Ce point de technique pour faire dire et proclamer haut et fort Ă  tous les Italiens que dans certains domaines leur pays est EN AVANCE !!! et que dans dix ans, dans vingt ans, dans trente ans il est très probable que les dĂ©putĂ©s français voteront exactement ce type de lois, s’inspirant une fois de plus de l’Italie, de mĂŞme que l’Italie a prĂ©cĂ©dĂ© toute la cohorte des pays soi disant dĂ©veloppĂ©s et chrĂ©tiens pour abolir la peine de mort ou proclamer d’autres rĂ©formes fondamentales.

Finalement, Ă  mon sens, l’Italie n’a que deux gros problèmes, si un gros problème est un problème qui empĂŞche de rĂ©soudre les autres problèmes : le premier est le peu de foi qu’on les Italiens dans leur nation. Tant que les Italiens rĂ©pètent que l’Italie n’existe pas, elle n’existe pas. Le matin oĂą ils se rĂ©veillent en disant qu’elle existe, elle existe.

Le deuxième problème est encore plus grave : l’Italie n’a plus d’enfants. Les chiffres sont accablants. La France maintient un taux de fĂ©conditĂ© de 2,0 proche du taux de renouvellement et n’a donc besoin que d’une immigration minime pour renouveler sa population. L’Italie est descendue jusqu’Ă  1,3 enfant par femme ce qui signifie que si rien ne change, une fois passĂ©es les gĂ©nĂ©rations actuelles, le PIB italien va s’Ă©crouler Ă  moins d’une nouvelle rĂ©volution industrielle ou d’une immigration massive.

Ces deux caractĂ©ristiques de l’Italie contemporaine sont Ă  mon sens les deux seuls rĂ©els handicaps de ce pays. Cette analyse personnelle faite après seulement trois mois en Italie est certainement grossière, mais si elle comporte un peu de vĂ©ritĂ©, le mal semble bien maigre car il ne dĂ©pend que des Italiens de croire dans leur pays, d’en parler avec plus de conviction devant nous Ă©trangers et de faire des enfants.

3 Commenti »

  1. L’erba del vicino è sempre piĂą verde (bianca e rossa).

  2. Cher Louis,

    tout en te fĂ©licitant pour la prĂ©cision et l’exactitude de tĂ©s propos, permets-moi de rectifiez juste un point.

    En tant que franco-italienne je comprend et je perçois ton point de vue. Cependant je ne dirais pas que l’Italie “fa schifo” aux Italiens. Bien au contraire,les Italiens ADORENT leur pays et biens que les jeunes aillent travailler et Ă©tudier Ă  l’Ă©tranger, ils dĂ©sirent tous de retourner “vivre et mourir” sur leur terre natale.

    Pour rien au monde ils ne renonceraient au port de Portofino, aux pistes de Cortina, à la pizza bien faite, au café serré et à Buona Domenica!

    Si ils se plaignent de tout, c’est Ă  cause de leur attitude innĂ©e Ă  faire du théâtre (d’autre part la Commedia dell’arte est bien nĂ©e dans la peninsule).
    Mais au fond ils savent bien que l’Italie est loin de faire schifo.
    Par cette manière verdienne d’emphatiser les choses je crois qu’il faut comprendre plutĂ´t “l’Italia non funziona” et ça, bien que tu nous disent que nous sommes en avant par rapport au reste de l’Europe, il faut bien le reconnaĂ®tre.
    Quand les poubelles ne sont pas ramassĂ©es, les postes bloquĂ©es, les trains et les avions en retard et des impĂ´ts dĂ©tournĂ©s, moi j’appelle cela du “non funzionante”. Ce qui n’empĂŞche pas d’autres pays d’ĂŞtre dans la mĂŞme situation, mais ce n’est pas un mĂ©rite.

    A part ça je suis profondement convaincue comme toi, que si les Italiens croyaient plus dans l’incroyable potentiel de leur pays, on ne seraient pas fĂ©licitĂ©s uniquement pour avoir gagnĂ© la Coupe du Monde de foot, ou bien pare que une italienne est aujourd’hui la première dame de France.

    Bien Ă  toi
    MIC

  3. ?buona domenica?
    en tous cas je voudrais vous souvenir de quelques petites choses: le role de la france en europe, les advantages agricoles, le pouvoir diplomatique mondial, le contrat du travail, les services publiques, le pont plus haut du monde, 400km de THV sans arret entre paris et lion (en italie on s’arretera a novara dans le 135km entre milan e turin et a parma ou reggio emilia dans le 180km entre milan et bologna).. seulement pour en citer quelques une. apres, bien sure, mieux habiter a milan qu’en cecenie…

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